Buenos Aires, « Paris del Sur »

On n’a pas trop l’habitude d’écrire sur une ville en particulier, mais Buenos Aires est si particulière, si éclectique, si européenne, qu’on lui doit un petit billet.

Parlons d’abord de ses habitants, les Porteños (littéralement « les habitants du port »). Ils aiment la pizza, les glaces, ils parlent avec les mains, sont très très fiers… Ça ne vous dit rien ? Mama mia, mais on est en Italie ma parole ! En effet, pas loin de 3 millions d’Italiens ont débarqué en Argentine entre 1814 et 1970. De nos jours, ils sont 3 millions d’origine italienne rien que dans la province de Buenos Aires, parfaitement intégrés à la culture argentine.

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Le « Paris du sud »

Ce qui frappe le plus en arrivant à Buenos Aires, c’est cette impression d’être « à la maison ». Les rues, l’architecture, le mode de vie, les cafés avec leurs jolies terrasses, les placettes et les parcs, tout ici transpire l’Europe, et même plus, ça ressemble carrément à Paris !
Et pour cause, très riches et souhaitant prouver au monde entier que Buenos Aires n’avait rien à envier aux plus belles capitales européennes, les notables porteños du début du XIXème siècle se sont très largement inspirés de l’architecture parisienne de l’époque, faisant même venir des ingénieurs et architectes français sur le sol argentin.

Mais c’est à la fin du XIXème siècle que Buenos Aires vécut un véritable boom architectural. A l’époque, 400 familles tiennent l’ensemble de l’économie de cette ville, l’une des plus riches du monde. Inspirés par les hôtels particuliers du parc Monceau et les immeubles et avenues de style haussmannien, les riches propriétaires terriens et autres industriels quittent le centre de Buenos Aires, trop proche du port et des arrivées massives d’immigrés peu qualifiés, et se font construire de véritables palais dans le quartier excentré de Recoleta.

Et comme il était très tendance d’aller passer quelques mois en Europe pour se faire « mousser », et que l’Argentine, pur pays agricole, ne disposait pas des industries nécessaires, les plus ambitieux faisaient venir par bateau des immeubles entiers : pierres, fenêtres, décorations, balcons en fer forgé, bois rares, mobiliers, toits… Le tout dessiné et confectionné en France, transporté par delà l’Océan Atlantique et assemblé à Buenos Aires.

En plus de ses palais, immeubles, parcs et avenues, le quartier de Recoleta héberge un illustre cimetière, très largement inspiré du Père Lachaise, où toutes les familles issues des hautes sphères rivalisent pour déterminer qui aura le plus grand et le plus beau mausolée. Une véritable ville dans la ville.

Ainsi, onze ans après les grands travaux du Baron Haussmann à Paris, les Porteños, obsédés par l’œuvre de cet homme, ont fait de Buenos Aires le « Petit Paris » de l’Amérique du Sud.

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Mais Buenos Aires ne serait pas la petite soeur de Paris sans une bonne tendance à la manifestation ! On en a vu deux (et pas des moindres) en quelques jours ! Heureusement, les Porteños ont le sens de la fête. Pas une manifestation ne se passe sans intervention de la fanfare syndicale (qui joue plutôt juste, pour ne rien gâcher).

C’est beau c’est grand !

Après « Buenos Aires, la plus belle ville du Monde ! », et « Buenos Aires, la Paris de l’hémisphère sud ! », on vous présente « Buenos Aires et son avenue la plus large du monde ! ». Avec ses 140m de large, la « Avenida 9 de Julio » fait la fierté des Porteños. Il est vrai qu’avec ses 10 voies de circulation (5 dans chaque sens), ses 3 contre-allées, ses voies de bus et son allée centrale piétonne, il faut un petit moment pour la traverser. Pour en remettre une couche, un obélisque de 67m de haut trône fièrement en son milieu. Planifiés en 1888, les travaux ne débutèrent qu’en 1937 et furent achevés en 1980 (!).
Bon, il parait qu’il y a une avenue de 250m de large à Brasilia, le « Eixo Monumental », mais il semble que les Brésiliens aient triché en mettant d’immenses jardins entre les deux sens de circulation. Du coup Buenos Aires ou Brasilia dans le Livre des records ? On vous laisse trancher.

L’anecdote marrante, c’est que pour construire cette gigantesque avenue, le gouvernement argentin a dû exproprier pas mal de monde et démolir des pâtés entiers d’immeubles, de palais et de maisons. Seuls deux édifices n’ont pas été démolis. L’immeuble de 22 étages abritant le Ministère du Développement Social (dont les facades nord et sud sont ornées de gigantesques portraits d’Eva Peron), et l’Ambassade de France.  Territoire français sur le sol argentin, ce magnifique palais n’a donc pas pu être exproprié, et malgré les demandes incessantes du gouvernement argentin, les irréductibles Gaulois refusèrent de la céder, évitant ainsi la destruction d’un « joyau architectural ».

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L’ambassade des irréductibles Gaulois !

La ville aux trois ports

Autre exemple, drôle cette fois ci, de l’ambition démesurée de cette ville durant le XIXème siècle : Buenos Aires et ses trois ports ! Oui oui, carrément trois !
L’histoire est toute simple : le port historique de Buenos Aires, dans le quartier de la Boca, a vu arriver les premiers immigrés, au XVIIème et XVIIIème siècles. Mais, en eau trop peu profonde, il ne permettait pas aux gros cargos d’accoster, les obligeant à débarquer passagers et marchandises sur des barques, au large.
Il fallait voir plus grand, plus gros, mais surtout plus bling bling ! Aussi, entre différentes propositions de nouveaux ports en cette fin du XIXème siècle, c’est le projet du commerçant Eduardo Madero qui fut choisi. Il était moins pratique que celui de l’ingénieur Huergo, mais tellement plus spectaculaire et moderne avec ses digues, écluses et ponts giratoires ! En 1882, le gouvernement ordonne la construction du nouveau port : « Puerto Madero » (quand on vous dit que les gars de l’époque avaient vraiment le melon !). Sa construction s’étala de 1887 à 1897. Si bien que lorsqu’il fut enfin terminé… Oups, la révolution industrielle opérant, de nouveaux cargos, plus gros, virent le jour. Etant trop peu profond (déjà ?!) pour ces nouveaux navires, le « Puerto Madero » fut obsolète le jour même de son inauguration. On demanda donc à Huergo (tiens tiens, ça ne vous dit rien ?), de construire un troisième port, en eau profonde cette fois, le « Puerto Nuevo » (moins grosse tête déjà). Terminé en 1911, il est toujours opérationnel de nos jours.

Mais que Monsieur Madero se console. Hier quartier mal famé d’environ 400 âmes, les anciens entrepôts en briques sont aujourd’hui devenus de luxueux lofts, des bureaux ou restaurants haut de gamme. Avec plus de 8000 habitants, le prix de l’immobilier atteint désormais les sommets dans ce quartier, qui porte toujours son nom.

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Quel plaisir nous avons pris à flâner dans Buenos Aires. Avec ses petites ruelles, ses grandes avenues, ses parcs, ses immeubles haussmanniens, ses marchés, son street art et ses quartiers branchés, cette ville a beaucoup de charme. On a vraiment adoré !

Une réflexion sur “Buenos Aires, « Paris del Sur »

  1. Odiletri04 dit :

    Ça y est, vous avez grimpé votre 6000 ?

    Pour nous, c’est le retour ce soir avant de repartir la semaine prochaine ! Quelle vie !

    Bisous

    Quelques petites corrections : … vraiment aussi touristique que Montmartre

    , et que l’Argentine, pur pays agricole, ne disposait pas des industries nécessaires,

    fanfare syndicale

    un obélisque de 67m de haut trône fièrement en son milieu. >

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