Bilan : Myanmar, un pays à deux visages

Le véritable pays du sourire, c’est indiscutablement le Myanmar*. Mais avant d’avoir pu en profiter pleinement, il nous a fallu un petit temps pour trouver nos marques… et faire de belles rencontres.
Pourtant le Myanmar est un joyau en Asie du Sud-Est. Le pays est riche d’une diversité ethnique sans équivalent : 165 ethnies sont reconnues par le gouvernement, et d’autres dizaines sont présentes sur son territoire.

Ça offre l’opportunité unique de découvrir des cultures, des tenues traditionnelles, des savoir-faire et même des langues différentes d’un village à l’autre, bien qu’ils ne soient souvent séparés que de quelques kilomètres. Mais depuis son ouverture au monde, ce pays se tourne fortement vers le tourisme de masse, choisissant de développer un catalogue plutôt haut de gamme, quitte à perdre au passage beaucoup de son authenticité.

Arriver à Rangoon depuis Calcutta, après 6 semaines dans le nord de l’Inde, c’est un choc culturel à part entière ! Tout semble propre, calme, organisé. « Oh, regarde, il y a des trottoirs ! », « Oh, les voitures laissent passer les piétons qui traversent ! », « Oh, un parc plein de verdure et sans détritus partout par terre ! ». C’est plutôt amusant.

Puis place au lac Inle, l’un des points touristiques majeurs du pays. Et on comprend pourquoi ! Des petits villages sur pilotis, sans accès à la terre, dans lesquels on se fraie un chemin sur une pirogue. Pittoresque !
Pourtant, pour le moment le pays nous laisse un arrière goût un peu amer. Tout est très (trop) orienté tourisme. Le trek depuis Kalaw, qui promettait de belles rencontres avec des ethnies locales, n’est pas à la hauteur de nos espoirs. Les villages du lac Inle sont sublimes mais ont perdu toute authenticité. La pirogue nous promène d’ateliers en magasins, où tout ce qui est fabriqué ne l’est que pour les touristes. Le rapport aux commerçants et les prix s’en ressentent. On a franchement l’impression de se faire promener dans un zoo humain. Il y a même ici les fameuses femmes girafes, exposées dans une cahute, sous les feux des appareils photo des touristes, alors que leur région originelle se situe à plusieurs centaines de kilomètres d’ici. Nous décidons de ne pas cautionner et nous n’allons pas les voir.

On se plait moyennement dans le pays. On sent qu’il a quelque chose à offrir mais on n’arrive pas à basculer hors du circuit touristique. Mais une rencontre a tout changé : celle de Jean-Claude, un amoureux du pays qui y vient plusieurs fois par an depuis plusieurs années déjà. Le courant passe bien. Il nous embarque avec lui et nous fait découvrir son Myanmar, LE Myanmar en fait, authentique, en dehors des sentiers touristiques principaux. On en profite pour oublier une bonne fois pour toute notre Guide du Routard, si utile en Inde mais ici totalement dépassé par la rapidité d’évolution du pays.
Le coup de coeur a lieu ! Les Birmans sont particulièrement chaleureux, souriants, heureux de nous voir découvrir leur pays. Les routes sont généralement mauvaises, mais cela permet, pour l’instant en tout cas, d’éviter aux tour-opérators de déverser des milliers de touristes dans des régions encore peu ou pas gangrenées par le tourisme de masse. Ces derniers se cantonnent (sans vilain jeu de mot) au quatuor touristique majeur (Rangoon, Bagan, Mandalay, Inle).

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Nos coups de coeur

Finalement, on l’a aimé, ce drôle de pays ! Nous sommes tombés sous le charme du majestueux site de Bagan, qui, si touristique soit-il, est suffisamment vaste pour pouvoir être découvert en se sentant un peu seuls au monde. Nous nous y sommes sentis « comme à la maison », accueillis par des amis de JC qui y tiennent une guesthouse. Nous avons découvert leur sport national, le chinlone, lors de parties endiablées. Nous avons appris à dire « Merci » et « Bonjour » en 6 langues différentes. Nous avons vécu de belles rencontres avec les ethnies Shan, Chin et Karen, respectivement du côté de Hsipaw, Mindat & Hpa-Ann mais aussi avec une multitude d’autres Birmans durant notre mois sur place. JC a même eu droit à un « I love you » lancé par une jeune femme sur le bord de la route tandis que nous passions en bus. Nous avons pris un immense plaisir à sillonner les superbes paysages du côté de Hpa-An sur nos scooters. Nous avons été témoins de leur ferveur bouddhiste, aussi, magnifique, intacte, sans doute la plus forte qu’il nous ait été donné de voir à ce jour en Asie. Nous nous sommes éclatés sur des sons techno lors du dernier « Full Moon Festival » de l’année 2017. Nous avons rendu des milliers de « Mingalaba » (« Bonjour ») et de sourires aux Birmans, petits et grands, que nous avons croisés.

Il nous reste tant de chose à découvrir dans ce pays aux milliers de facettes. Il est si grand (comme la France et l’Angleterre réunies) et si diversifié ! Des ethnies reculées de l’extrême nord du pays aux plages paradisiaques du sud, de la mangrove de l’Irrawaddi aux pagodes de Maur’Ok… Il faudra qu’on y revienne. D’ici là notre ami JC y sera peut-être marié 😉

Nos meilleurs spots

Il y a, dans certaines villes, des hôtels ou restaurants qui nous ont particulièrement marqués. On vous les partage afin que vous en profitiez vous aussi :

  • A Mandalay : le petit restaurant local « Unison Cafe » à l’angle de la 71st street et de la 30th street. Blindé de locaux, on y mange super bien. Et n’hésitez pas à finir votre repas avec un « Rotee », crêpe asiatique fourrée à la banane. Ce fut de loin le meilleur de notre épopée asiatique !
  • A Bagan : la guesthouse « Jasmine Villa » tenue par une adorable famille birmane. Idéal pour partir à la découverte de la magie du site historique.
  • A Bagan : le restaurant « Moe Pyae San », qui fait également encadreur et coiffeur (normal quoi !), on y mange vraiment très bien, et le papa et le fiston sont d’anciens pro de Chinlone, le sport national birman. N’hésitez pas à leur demander de tâter le ballon avec vous.
  • A Bagan : le café « Fantasia Garden », au bord du fleuve. Totalement désert jusqu’à 15h, juste idéal pour siroter une limonade maison les pieds en éventail face au fleuve.

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Insolites

On n’aura pas été aussi bluffés au Myanmar qu’en Inde, mais ce pays réserve quand même quelques faits insolites.

  • Rouler à droite en 90 jours
    Le premier truc qui surprend quand on arrive dans le pays, c’est que tout le monde roule à droite, mais que la plupart des voitures ont également le volant à droite. En 1970, le dictateur Ne Win décida subitement, sur avis de ses astrologues et numérologues, de changer de sens de circulation (et de s’affranchir ainsi de tout signe rappelant l’envahisseur anglais). Problème : tous les véhicules sont des occasions importées du Japon ou de Thaïlande, pays où l’on roule … à gauche ! Avec volant à droite, donc. Bonjour les torticolis pour manoeuvrer ou doubler. L’usage du klaxon est obligatoire, et la présence d’un passager informant de la capacité de doubler est vivement apprécié. Et certaines voitures ou bus ayant néanmoins le volant à gauche, les péages d’autoroute ont dû s’adapter. Résultat : les fenêtres des guichets s’ouvrent à droite et à gauche. Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions !
  • Pas de deux-roues dans Rangoon
    Rangoon est la ville la plus peuplée du pays. Et pourtant, vous ne verrez aucun deux-roues motorisé dans cette ville. Ceux-ci ont tout bonnement été interdits de circulation dans la ville en 2003. Chose totalement hallucinante quand on voit les immenses bouchons générés par le méli-mélo de voitures, bus, camions et l’immense flotte de taxis. C’est d’autant plus incompréhensible que beaucoup de Birmans n’ont absolument pas les moyens de se payer de voiture et pour qui l’utilisation d’un scooter ou d’une moto peut être salutaire.
    Plusieurs rumeurs courent quant à l’explication de cette interdiction : un fils de général tué dans un accident, une tentative d’attentat perpétrée par un motocycliste contre un général, ou encore la distribution de tracts démocratiques par des militants en scooter. Une chose est certaine, c’est que l’interdiction n’est pas prête d’être levée, au grand dam des habitants de cette ville.
  • Bisou de service
    Vous pourrez gigoter, lever le bras, héler tant que vous voudrez, impossible de faire réagir un serveur birman de la sorte. Qui se souvient du tube international du chanteur Tarkan ? Ici je pense que tout le monde le fredonne dans sa tête. Aussi, pour appeler un serveur pour qu’il prenne commande ou ramène l’addition, il suffit de faire un bruit de bisou, genre deux petits bisous secs. Aussitôt, les garçons de table tendent l’oreille et accourent afin de répondre à vos besoins.
  • Archéo-tongs
    La campagne birmane est un parfait terrain de jeu pour les apprentis archéologues. Lors de nos différentes randonnées, on s’est demandé ce que faisaient des tongs laissées en plein chemin, rarement de paire, et parfois profondément enfouies dans un sol totalement sec. C’est notre deuxième guide qui nous a expliqué que les gens avaient tendance à perdre leurs nus-pieds dans les chemins ultra-boueux en période de mousson, et que ceux-ci réapparaissaient en saison sèche.
  • Longue vie au longyiIci, tout le monde porte la jupe. Oui, vraiment tout le monde, hommes y compris ! Ça surprend un peu quand on n’y est pas préparé et qu’on débarque à l’aéroport de Rangoon. On appelle ça un longyi, sorte de tube de tissus noué différemment selon qu’il soit porté par un homme ou par une femme. Et c’est très confortable à porter ! Le plus amusant, c’est encore de voir les hommes nouer leur longyi en culotte pour jouer au chinlone.
  • Parce qu’ils le valent bien
    Plus fort que L’Oréal, les Birmans (et surtout les Birmanes) usent et abusent du tanaka, une poudre jaune qui, lorsqu’elle est un peu humidifiée, se badigeonne sur le visage. Le tanaka protège contre le soleil, les insectes et agit comme un anti-rides, anti-mycosique et anti-acné, rien que ça ! Un produit miracle 100% naturel puisqu’il ne s’agit que de bois de tanaka, qui pousse dans la région, rapé en poudre. En plus d’être bon pour la peau, cette technique beauté donne un style et un charme tout particulier à ces peuples, déjà si beaux par nature.
  • Sourire colg-écarlate
    Qu’est ce que toutes ces tâches rouges sur la chaussée ? Le Myanmar serait finalement un pays dangereux enclin au crime ? Pas de panique, il ne s’agit que de crachats de bétel. Le bétel, équivalent de notre tabac à chiquer, est sans doute le produit préféré des hommes birmans. Feuille de l’arbre bétel dans laquelle on rape la noix du même nom, accompagnée de tabac et de chaux blanche, on en trouve partout, du revendeur de rue au stand du marché. Il a un effet grisant qui permet de rester éveillé plus longtemps, mais rend également totalement accro. Ils en mâchouillent à longueur de journée, crachant une salive rouge-brune avant de vous sourire de toutes leurs dents… toutes aussi rouges. Charmant ! Et comme la chaux contenue dans le mélange a tendance à faire de sacrés dégats dans la bouche de ces messieurs, certains sourires font franchement peur !
  • Pas d’e-mail ? Pas de problème !
    Au Myanmar, tout le monde a un smartphone ou presque. Et tout le monde a un compte Facebook. Pourtant, personne n’a d’adresse e-mail ou presque, or il est impossible de créer un compte Facebook sans renseigner d’adresse e-mail. L’astuce ? Lors de l’avènement du smartphone, il y a quelques années, certains revendeurs de téléphones mobiles plus futés que les autres proposaient tout simplement de créer un compte Facebook moyennant quelques billets, et le faisaient à partir de fausses adresses de courriel.

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Le séjour en chiffres

Retour en quelques chiffres sur les moments clés de notre séjour au Myanmar.

  • 27 jours sur place (le visa en permet 28 mais il est facile de prolonger pour 3$ par jour supplémentaire, à payer directement à la frontière en quittant le pays)
  • 12 villes/villages visités
  • 2730 km parcourus
  • 8 types de transports : taxi, tuktuk, minivan, bus, train (très très lent), scooter, scooter électrique, et beaucoup de marche à pied
  • 11 nuits en guesthouse, 8 en auberge de jeunesse, 3 chez l’habitant, 3 en hôtel, 2 en bus de nuit
  • 1.224.000 kt (kyats birmans) de budget sur le séjour (hors extra), soit 14,2€ par jour et par personne (1€ = 1600 kt).
  • 27°C de moyenne, globalement très ensoleillée avec quand même une bonne grosse rincée une journée au bord du lac Inle.
  • 1 guide du routard brûlé (ou presque, c’était un e-book)

Le Myanmar est, à nos yeux, LE pays d’Asie du Sud Est à explorer. Son authenticité et la gentillesse de ses habitants est sans égale. Et nous parlons bien d’exploration tant le pays est vaste et certaines de ses régions sont coupées du monde touristique. Il y a tant à découvrir, et vite, car le pays s’ouvre au Monde et a de plus en plus de mal à contenir le flux de touristes européens et chinois déferlant sur ses sites majeurs. Un bémol, cependant, la nourriture birmane n’est vraiment pas fabuleuse. Mais heureusement, les Indiens et leur merveilleuse nourriture sont partout dans le pays.


* Nous n’utilisons volontairement pas le nom « Birmanie » issu du nom de l’ethnie principale de ce territoire, car il n’est reconnu ni par les autorités locales, ni par les habitants, qui l’associent au colonisateur anglais.

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