Nous n’irons pas trekker demain …

… ou du moins pas comme nous l’avions fait jusqu’alors.

Je viens de réaliser un truc.
Je commence à en avoir marre de consommer du voyage comme je consommais en France. Pourtant, sur le papier, ça présentait bien : 3 jours de trekking organisés dans la jungle laotienne à la rencontre des ethnies locales. Un haut lieu de randonnée pour tous férus de rando visitant le Laos. Le rêve pour beaucoup de voyageurs, sans doute.

Suis-je devenu difficile ? Un enfant gâté du voyage ?
Tout bien réfléchi je ne crois pas. Je crois simplement que j’en ai marre de consommer le voyage comme je consommerais une émission culturelle sur France 5 : de manière passive.

Des treks comme ça on en a déjà fait en Birmanie et on ne va pas se mentir, c’est vraiment sympa. On part en petit groupe à travers la campagne/jungle environnante. Un super guide nous explique plein de choses sur les plantes, les modes de vie, les ethnies. On passe en coup de vent dans des villages pour s’arrêter dans celui dans lequel on passera la nuit. Une famille nous accueille chez elle mais nous mangeons/dormons entre nous, puis nous repartons de bon matin pleins des sourires et coucou des enfants que nous croisons sur la route en sortant du village.

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Malgré ce descriptif plutôt alléchant, j’ai un sentiment mitigé en pensant à notre éventuel prochain trek. Le sentiment d’une information descendante plus que d’un véritable échange. La sensation de n’être qu’un spectateur, pas toujours bienvenu, un peu voyeur, d’un quotidien que certains se seraient bien passés de partager. Que retiendrai-je de toutes ces explications ? Quelle relation aurai-je construit avec ses personnes ? Sans doute aucune, noyé dans le flot de « touristes » qu’ils voient passer chaque semaine. A coup d’au moins 50 touristes par jour, 365 jours par an, tous ces gens ne souhaitent même plus être pris en photo. Normal, ils en ont un peu marre de se faire tirer le portrait. On se rend vite compte que ces treks, organisés dans les lieux les plus « incontournables » de ces pays, ont des airs d’autoroute de la rando. Les village doublent de population le soir venu, lorsque tous les randonneurs débarquent pour y passer la nuit, et les maisons sont transformées en maisons d’hôtes, raréfiant les contacts avec la population (qui n’en désir d’ailleurs peut être pas). D’autres itinéraires, d’autres alternatives existent, bien entendu, mais leur rareté les rend financièrement moins accessibles, et donc pas du ressort de notre bourse, pas cette fois ci.

Depuis l’échec cuisant de la découverte de la Birmanie à l’aide du guide du Routard, notamment concernant le trek permettant de rejoindre le lac Inle à pied (superbe mais beaucoup trop fréquenté), nous voyageons sans guide touristique. Nous nous laissons porter par les expériences des voyageurs que l’on croise, ou qui nous on précédé, et des rencontres que nous faisons… On voyage plus lentement aussi, quitte à ne pas tout voir. Et notre voyage ne s’en porte que mieux.

Nous avons passé une dizaine de jours à Luang Prabang, au Laos. Notre première vraie longue halte. La ville est belle, baignée dans une douceur de vivre teintée d’architecture coloniale. Elle respire le tourisme à plein nez, et pourtant, lorsqu’on la vit au rythme de ses habitants en y restant un peu plus longtemps, on en oublie son statut de « must see » de tout touriste visitant le Laos. Et c’est sans doute quand on arrête de consommer du « clé en main » qu’on fait les plus belles rencontres. Je pense notamment à la dernière en date, Marie Cha, laotienne de l’ethnie Hmong vivant en France. On l’a rencontrée au hasard lors du festival de la nouvelle année Hmong et nous avons fini invités à son mariage à Luang Prabang. Mais revenons sur la chronologie de cette incroyable expérience de voyage qui illustre parfaitement les joies du voyage « alternatif ».

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Arrivés à Luang Prabang, nos copains David et Marianne, rencontrés à la frontière, entendent parler d’un « festival de la nouvelle année Hmong ». On demande à gauche à droite, personne n’est trop fichu de nous dire ce que c’est ni où cela se situe. Ça sent bon le truc pas touristique ! On se décide à enfourcher des vélos et à suivre les scooters transportant nombre de Laotiens et Laotiennes en tenue traditionnelle. Arrivés sur place, ça ressemble trait pour trait à une kermesse locale. Peu de touristes, pas un Chinois, des centaines de Hmongs en tenue traditionnelle. Les hommes sont fiers, les femmes sont sublimes, les enfants à croquer, tout le monde nous sourit, on aime déjà !
C’est en mangeant notre soupe de nouilles dans une gargote du festival que l’on se fait aborder par Marie Cha, toute contente de rencontrer des Français. On papote et ni une ni deux, rendez-vous est pris pour son mariage, 7 jours plus tard. 600 invités, nous serons les 4 seuls non Hmong. Nous avons bu, dansé et ri toute la soirée avec cette joyeuse bande de locaux. Une expérience inoubliable !

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Nous n’irons donc pas trekker. Du moins pas comme nous l’avions fait. Nous irons faire du vélo, nous irons marcher en autonomie, nous irons vadrouiller en scooter. Nous prendrons le temps, surtout, de vivre au rythme des locaux, de favoriser les rencontres avec eux ou avec d’autres voyageurs. Nous ne verrons pas tout ce qu’il y a dans le Lonely Planet, mais nous n’en ressortirons sans doute que plus riches de belles rencontres.

4 réflexions sur “Nous n’irons pas trekker demain …

  1. Elisabeth Foulquet dit :

    J’ai beaucoup aimé ton récit, qui décrit bien ce que tout voyageur qui cherche les rencontres et l’authenticité ressent devant le tourisme de masse, clé en mains; certes, pour aller hors des sentiers battus il faut étre jeunes et en bonne santé, c’est pour ça que vous avez bien raison de faire ce voyage à votre àge . Nous, maintenant après avoir bien bourlingué, nous essayons de ressentir les ambiances en se posant en quelque part et en se laissant vivre au rythme et mode de vie des autochtones. Bonne continuation et merci pour vos reportages.Elisa.

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  2. Caroine dit :

    Salut Mehdi, nous lisons tes articles avec un grand bonheur… quelle belle plume! Les coqs en seraient presque jaloux! Nous arrivons à la fin de notre voyage, et nous pensons à vous et à tous les gâteaux que les saveurs de ce voyage vont inspirer… à bientôt ! Caroline et les petits coqs migrateurs.

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    • Violaine dit :

      Salut les p’tits coqs, comment allez-vous ? Êtes-vous déjà rentrés ? Je pense souvent à vous et ne manque pas de parler de votre superbe aventure à qui veut bien l’entendre.
      Tu avais raison, nous sommes tombés amoureux de Luang Prabang, si bien que nous y avons finalement passé 12 jours en tout et pour tout, avec une petite envie de s’y poser pour de bon ! On attaque le Cambodge demain, avec la famille de Violaine qui nous rejoint dans 3 jours. Encore de belles découvertes en perspective.

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  3. Tonton Jac ;-) dit :

    Presque en colère ?
    (Tu as même – chose très rare – laissé échapper quelques fôtes !)
    Mais vous avez raison : prenez le temps pour faire les choses bien. A votre goût.
    Le présent est certainement la chose la plus précieuse à savourer alors profitez-en.
    Et Comme le dit Elisabeth, merci pour vos reportages toujours très agréables
    Bizh

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